CANADA

La Mission en Afghanistan  


Mr. Pierre Lemieux (Glengarry-Prescott-Russell, PCC):  

le 26 avril 2007

Monsieur le Président, mes honorables collègues, je déclare aujourd'hui, sans hésitation, que je n'appuierai pas la motion présentée par le député de Toronto-Danforth. Cette motion s'appuie sur des hypothèses erronées. Elle présuppose que le développement et la diplomatie peuvent être menés à bien à Kandahar sans le support indispensable des Forces armées canadiennes.

    Dans l'« Afghan Compact » que nous avons signé conjointement avec le gouvernement afghan et les membres de la communauté internationale il y a plus d'un an, nous avons reconnu que le succès de cette mission nécessiterait des efforts sur trois fronts: la sécurité, la gouvernance et le développement. Le document affirmait que le progrès sur chacun de ces trois aspects serait crucial et qu'il devrait se réaliser de façon simultanée.

    En fait, le document qualifie ces trois aspects de « critiques » et d'« interdépendants ». Ajoutons que la sécurité, la gouvernance et le développement sont les piliers de la mission, ce qui implique qu'ensemble, ils soutiennent la mission. Or, si vous abattez l'un de ces piliers, la mission s'effondrera.

    C'est parce que nous poursuivons nos efforts sur ces trois fronts que nous faisons des progrès en Afghanistan. Les infrastructures sont reconstruites; l'économie progresse aussi; le gouvernement établit son autorité et les femmes et les enfants jouissent d'un liberté qu'ils ne connaissaient pas auparavant. Ces signes de progrès sont le résultat de la sécurité que procurent nos troupes.

    Par conséquent, lorsque le député de Toronto-Danforth propose que l'on mette fin à la contribution des Forces canadiennes à cette mission, il propose aussi de miner les efforts de diplomatie et de développement en Afghanistan.

    Cela dit, voyons un peu ce que d'autres Canadiens ont à dire sur cette question. Des personnes de toutes les régions du pays expriment leur appréciation à l'égard des efforts faits par les Forces canadiennes. Un jeune garçon de Bedford, en Nouvelle-Écosse, a écrit ceci à nos soldats en Afghanistan:

     "J'ai 10 ans et je suis en cinquième année. Ce que je veux dire, c'est que ce soir je suis à la maison, où j'ai un livre, mon lecteur de jeux vidéo et ma famille. Je suis très confortable. Je sais que vous n'êtes pas à la maison, que vous êtes loin de vos affaires et que vous êtes très inconfortables. Je veux vous dire merci, en mon nom et au nom de ma famille, pour tout ce que vous faites. Soyez prudents."

    Voici un court message en provenance de Bradford, Ontario, qui va droit au but:

     "Merci beaucoup. L'Afghanistan reçoit maintenant l'aide dont il a besoin pour devenir un pays meilleur et plus sûr. Mesdames et messieurs, vous êtes extraordinaires."

    J'ai aussi le message suivant, qui provient de Vancouver, en Colombie-Britannique:

    "J'éprouve parfois une grande frustration. Je vois la désolation et la pauvreté dans les rues, et je me demande pourquoi le gouvernement a choisi d'envoyer nos braves soldats participer à une guerre à l'étranger, alors que nous avons tellement de causes désespérées ici. Puis, je me rends compte qu'il y a des luttes que seuls des soldats peuvent mener et des luttes que seuls les civils peuvent mener. Je vous remercie de mener une lutte que je ne peux pas mener [...] Je crois fermement à l'importance de défendre la liberté." 

    Une personne de Winnipeg, au Manitoba, dit:

     "J'ai regardé le nouveau dévoilement du Monument commémoratif du Canada à Vimy et j'ai été particulièrement ému lorsque la caméra nous a montré la foule et que l'on a vu un soldat - peut-être retraité - qui tenait une photo de membres de sa famille habillés en militaires de la Première Guerre mondiale, qui étaient peut-être des survivants de Vimy. Notre pays a une longue tradition d'aide, même s'il arrive parfois que des Canadiens doivent sacrifier leur vie. Vous tous qui faites partie de nos forces armées méritez notre gratitude, notre respect. Merci."

    Une autre personne du Yukon dit ceci:

    "Vous formez tous la vraie « Équipe Canada »! Il n'y a pas de mots pour exprimer ma grande gratitude face au courage que vous démontrez et au sacrifice personnel que vous faites en servant notre pays. Tout ce que je peux vous offrir, c'est un merci sincère, du fond du coeur."

    Ce sont là des messages qui ont été envoyés à nos soldats en Afghanistan. Ils ont tous été écrits au cours des derniers mois.

    Les Canadiens comprennent que la sécurité que les Forces canadiennes sont en train d'établir en Afghanistan est liée, en définitive, à la sécurité que nous avons ici, au Canada. Ils comprennent que les efforts diplomatiques et de développement qui améliorent la vie des Afghans sont justement rendus possibles par notre présence militaire. Ils comprennent que, dans le monde d'aujourd'hui, certaines tâches nécessitent malheureusement la force militaire. Ils comprennent que cette mission s'inscrit dans une longue tradition canadienne qui consiste à porter secours aux peuples en difficulté. Au bout du compte, les Canadiens ne souhaitent qu'une chose: leur dire merci.

    Si les députés remettent encore en question la nécessité de la tâche des Forces canadiennes d'assurer la sécurité en Afghanistan, ils n'ont pas besoin d'écouter ce que les Canadiens disent. Des experts - des experts diplomatiques en fait -reconnaissent aussi les contributions essentielles des Forces canadiennes en Afghanistan. Nigel Fisher, qui est à la tête d'UNICEF Canada, a déclaré la semaine dernière qu'il fallait une forte présence militaire internationale à l'heure actuelle et que cette présence serait nécessaire pour plusieurs années.

    J'aimerais donner un exemple probant de la façon dont le travail de nos soldats améliore la vie quotidienne des Afghans. Depuis deux semaines, les soldats canadiens participent à l'opération « Achille », la plus importante opération de la FIAS à ce jour avec les forces de sécurité afghanes. L'objectif de l'opération « Achille » est de perturber le plan des talibans et d'instaurer la sécurité dans la région de la vallée de Sangin, zone de la province d'Helmand qui borde la province de Kandahar.

    Pour les citoyens afghans, la sécurité et, malheureusement, l'insécurité ont une incidence très concrète. Par exemple, tout juste au nord de la vallée de Sangin se trouvent le barrage et la centrale électrique de Kajaki. Le barrage de Kajaki est le plus grand d'Afghanistan et il représente la source principale d'hydroélectricité pour le Sud du pays. Des centaines de milliers d'Afghans qui résident à Kandahar, entre autres, dépendent de ce barrage pour l'électricité et l'eau.

    À l'automne et au début du printemps, la puissance de sortie du barrage était vacillante, mais les efforts de la FIAS ont permis de maintenir l'approvisionnement en électricité à Kandahar. On peut maintenant procéder aux travaux de remise en état du barrage. Ce projet vise à quasiment doubler la puissance électrique du barrage et à tripler la capacité d'irrigation dans la région. Le projet du barrage Kajaki devrait profiter à près de deux millions d'Afghans.

    Les retombées économiques et sociales d'un tel projet seront énormes, mais le projet ne pourra aller de l'avant que si la FIAS respecte son engagement d'assurer la sécurité nécessaire pour que les ingénieurs et les ouvriers fassent leur travail. Quand les députés parlent de retirer les Forces canadiennes d'Afghanistan aujourd'hui, ils risquent de mettre en péril d'innombrables projets comme celui-là.

    Aucun travail de reconstruction et de développement ne peut avoir lieu si les forces ne sont pas sur place pour assurer la sécurité. Nous ne voulons pas laisser les Afghans sans chauffage, sans eau et sans éclairage et nous ne voulons certainement pas les laisser vivre dans une région qui retomberait aux mains d'insurgés meurtriers. Nous ne voulons pas qu'il y ait d'autres bombes dans les marchés, d'autres mines cachées mesquinement sur le bord des routes, d'autres bandits armés qui terrorisent les rues, mais c'est exactement ce qui arrivera si nous retirons les Forces canadiennes.

    Si nous retirons nos troupes maintenant, l'insécurité qui en résultera aura des effets dévastateurs. Par égard pour le peuple afghan et pour les Canadiens qui veulent l'aider, je ne peux pas appuyer cette motion.

*   *   *