M. Pierre Lemieux (secrétaire parlementaire pour les
Langues officielles, PCC):
Monsieur le
Président, je suis heureux de prendre la parole afin de
répondre à la motion du député de
Joliette, et ce, d'autant plus qu'il s'agit
de démontrer que le discours des députés du Bloc ne
tient pas la route lorsqu'il est question de langues
officielles. En fait, leur point de départ consiste
invariablement à prétendre que le français ne peut
s'épanouir au Canada, ce qui est en flagrante
contradiction avec les faits et avec la réalité
historique de notre pays.
Je tiens à
assurer que notre gouvernement est fermement engagé à
respecter ses obligations quant à l'appui aux langues
officielles et à la promotion du français et de
l'anglais dans l'ensemble du Canada.
Je commencerai
d'abord par tracer les grandes lignes du régime
linguistique mis en place par le gouvernement du Canada
au cours des dernières décennies. C'est un régime
linguistique dont l'objectif et les résultats effectifs
ont toujours été de favoriser et non d'entraver
l'épanouissement de nos deux langues officielles.
La première
Loi sur les langues officielles, adoptée en 1969,
établissait les bases de la protection et de la mise en
valeur de la dualité linguistique au Canada. L'adoption
de cette loi s'inspirait des recommandations de la
Commission Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le
biculturalisme.
Par la suite,
nous avons assisté à l'adoption de la Charte canadienne
des droits et libertés en 1982, incluse dans les
modifications constitutionnelles découlant du
rapatriement de la Constitution canadienne. Cette charte
énonce clairement que le français et l'anglais sont les
langues officielles du Canada et que ces deux langues
ont un statut et des droits et privilèges égaux quant à
leur usage dans les institutions du Parlement et du
gouvernement du Canada.
Une nouvelle
Loi sur les langues officielles entrait en vigueur en
1988 pour tenir compte et mettre en oeuvre les
dispositions de la Charte canadienne des droits et
libertés. Cette nouvelle loi faisait place à des
dispositions concernant la promotion de l'anglais et du
français, qu'un amendement en 2005 est venu renforcer.
J'en profite
pour rappeler qu'à cette occasion, c'est une résolution
unanime de notre caucus qui a permis l'adoption de cet
amendement ayant notamment pour objectif de favoriser
l'épanouissement des communautés francophones et
anglophones vivant en situation minoritaire au Canada et
d'appuyer leur développement.
Cette
description des jalons de la reconnaissance du français
au cours des dernières décennies permet de comprendre
qu'il existe au Canada un consensus sur les langues
officielles: la dualité linguistique canadienne
représente une composante essentielle de l'identité
canadienne et une richesse extraordinaire pour toute la
société.
Notre
gouvernement est pleinement en faveur de ce régime
linguistique, qu'il a d'ailleurs l'intention de
renforcer prochainement comme l'annonçait le dernier
discours du Trône.
J'insiste sur
le fait que les dispositions relatives à la dualité
linguistique ne contredisent pas la Charte de la langue
française, comme le laissent croire les députés du Bloc.
La Charte de la langue française s'applique en effet
pleinement dans les domaines de compétence du Québec, et
c'est très bien ainsi.
Permettez-moi
de préciser en passant que la Loi sur les langues
officielles s'applique essentiellement aux institutions
du gouvernement du Canada et à quelques autres en plus,
comme Air Canada. Cette loi a notamment pour objectif
d'assurer que les services soient rendus aux citoyens
dans la langue de leur choix. Ceci est vrai dans une
pluralité de cas.
Les citoyens
de la langue minoritaire peuvent ainsi recevoir des
services dans l'une ou l'autre langue officielle. Comme
le révélaient les données du dernier recensement,
98 p. 100 de la population canadienne parle l'anglais ou
le français, ce qui nous permet de rejoindre à peu près
tout le monde en utilisant l'une ou l'autre langue.
Les politiques
du gouvernement du Canada en ce qui a trait à la mise en
oeuvre de la Loi sur les langues officielles font une
place importante à la dualité linguistique. Je peux
ajouter sans hésitation que de nombreuses politiques et
de nombreux programmes visent directement la langue
française elle-même.
Un exemple
concret est l'appui à l'enseignement de la langue de la
minorité à travers tout le pays. Plusieurs provinces ont
mis sur pied des programmes d'immersion au cours des
dernières années.
Il est trop
tôt pour évaluer les résultats définitifs de ces
mesures, mais les demandes d'apprentissage de la langue
seconde augmentent constamment.
L'enseignement
du français comme langue de la minorité constitue un
volet qu'appuie directement le gouvernement du Canada
auprès des gouvernements provinciaux et territoriaux.
Des ententes de financement sont en effet en vigueur à
cet égard.
En ce qui a
trait à la connaissance du français, je me permets de
souligner que d'après les données du dernier
recensement, les anglophones du Québec sont de plus en
plus bilingues. Leur taux de bilinguisme atteint
70 p. 100 alors que chez les jeunes, il dépasse
80 p. 100. On peut donc affirmer que les programmes
d'appui aux langues officielles favorisent directement
l'apprentissage du français d'un bout à l'autre du pays.
Dans le
domaine de l'immigration qui, comme chacun le sait,
permet au Québec de sélectionner ses propres candidats,
le gouvernement du Canada respecte pleinement la
compétence provinciale et ses objectifs de francisation.
Vous savez que depuis plusieurs décennies, des ententes
sont en place à ce sujet et que des sommes considérables
sont ainsi versées au gouvernement du Québec pour
faciliter l'intégration de ces immigrants.
Dans les
données du dernier recensement, encore une fois, on peut
constater que pour la première fois au Québec, une
majorité d'allophones qui ont effectué un transfert
linguistique l'ont fait vers le français plutôt que vers
l'anglais. Cette tendance semblerait s'installer
solidement puisque les trois quarts des nouveaux
arrivants, ceux arrivés en 2001 et 2006, qui parlent
l'anglais ou le français à la maison ont opté pour le
français comme langue principale. Bref, les immigrants
arrivés au Québec après 1971 adoptent majoritairement le
français.
Comme le disait le très honorable
premier ministre l'année dernière, le
français est la première langue canadienne, et les
développements que je vous rapporte indiquent que son
importance est toujours présente. Qu'elle soit la
première sur le plan de la chronologie, nous aurons
l'occasion de le souligner avec faste l'an prochain,
lors du 400e anniversaire de
la ville de Québec.
La
langue française est aussi une langue internationale qui
est parlée sur tous les continents. De plus, je rappelle
qu'elle se classe parmi les dix premières langues
parlées dans le monde entier. Après l'anglais, c'est le
français qui a un statut officiel dans le plus grand
nombre de pays. Comme vous le savez, le gouvernement du
Canada appuie activement les institutions de la
francophonie internationale.
Après avoir brossé ce tableau général de l'appui du
gouvernement du Canada à la langue française, je me
demande bien pourquoi il faudrait amender la législation
fédérale pour une prétendue meilleure protection du
français au Québec. Le gouvernement du Canada tient en
effet déjà compte de la réalité francophone du Québec
dans l'ensemble de ses actions, et plusieurs indicateurs
suggèrent que cela porte fruit: au Québec, comme dans le
reste du Canada, la promotion du français demeure une
priorité, et nous y sommes engagés.