M. Pierre Lemieux (Glengarry-Prescott-Russell, PCC):
Je demande à
prendre la parole en Chambre au sujet du projet de loi
C-2, Loi fédérale sur la responsabilité. J'ai donc le
grand plaisir d'exprimer mon appui à cette mesure
législative. La responsabilisation est un principe
fondamental de notre système démocratique, et ce projet
de loi modifiera radicalement la conduite du
gouvernement.
Nous donnons
suite à nos engagements, clairement énoncés au cours de
la campagne électorale et dans le discours du Trône,
d'assurer un gouvernement intègre et sain. Il est temps
de rétablir la confiance des Canadiens dans le
gouvernement.
La nécessité de
rétablir cette confiance constitue un élément important
des dispositions du projet de loi qui renforceront le
rôle de commissaire à l'éthique, lesquelles dispositions
feront l'objet de mes remarques d'aujourd'hui.
J'aimerais tout
d'abord remercier le premier ministre d'avoir fait de
cette question une priorité réelle. Notre gouvernement
ne se contente pas de parler de ses priorités, il les
poursuit avec diligence et ne ménage aucun effort pour
mener le travail à bien. Comme vous le savez, de
nombreuses heures en comité y ont été consacrées.
Je tiens aussi à
féliciter le président du Conseil du Trésor pour le
fruit de ce travail important qui concrétise la vision
du premier ministre.
Dans le temps
dont je dispose aujourd'hui, je ne peux parler de toutes
les réformes et initiatives judicieuses envisagées dans
le projet de loi. Je sais que nombre de mes collègues
ont déjà abordé ces questions ou les aborderont. Mes
observations porteront principalement sur la
proposition, contenue dans le projet de loi, de créer
une nouvelle loi sur les conflits d'intérêts, loi qui
instaurerait un régime plus sévère en matière de
conflits d'intérêts et d'éthique et qui serait
administrée par un commissaire aux conflits d'intérêts
et à l'éthique.
Comme les
députés le savent, nous avons pris sept engagements
clairs sur la façon de renforcer le rôle du commissaire
à l'éthique. Je les rappelle brièvement.
Il faut donner
au commissaire à l'éthique le pouvoir d'imposer des
amendes aux personnes ayant enfreint la loi. Il faut
éviter que l'avis du premier ministre n'ait préséance
sur celui du commissaire à l'éthique à l'égard de
possibles infractions. Il faut inscrire le Code
régissant les conflits d'intérêt dans une mesure
législative. Il faut supprimer les échappatoires qui
permettent aux ministres de voter sur des questions
liées à leurs intérêts d'affaires. Il faut mettre fin
aux pseudo-fiducies sans droit de regard. Il faut
permettre aux Canadiens, pas uniquement aux politiciens,
de présenter des plaintes au commissaire, et il faut
soumettre les conseillers ministériels à temps partiel
ou non rémunérés aux règles d'éthique.
Le projet de loi
C-2 montre clairement que nous avons rempli chacun de
ces sept engagements. Le nouveau régime relatif aux
conflits d'intérêts et à l'éthique garantira en effet
que les représentants élus et les titulaires de charge
publique remplissent leurs fonctions officielles et
gèrent leurs affaires personnelles de manière à éviter
les conflits d'intérêts. Voici comment nous avons honoré
nos engagements envers les Canadiens.
Premièrement,
nous avons donné au commissaire aux conflits d'intérêts
et à l'éthique le pouvoir d'imposer des peines
pécuniaires aux personnes qui n'observent pas la loi.
Les articles 52 à 62 de la Loi sur les conflits
d'intérêts qui est proposée exposent un régime détaillé
des pénalités pouvant être imposées par le commissaire
aux titulaires de charge publique qui contreviennent aux
dispositions énoncées dans la loi. La pénalité maximale
est de 500 $, le montant exact devant être déterminé par
le commissaire en fonction des critères qui y sont
prévus. Ces pénalités sont exécutables devant la Cour
fédérale. Leur imposition doit être rendue publique, ce
qui n'est pas le cas dans de nombreux autres régimes
semblables.
Deuxièmement, la
loi établit clairement que le commissaire ne peut voir
ses décisions annulées sur la question de savoir s'il y
a eu infraction. L'article 47 dit clairement que le
rapport du commissaire ne peut être modifié par
personne. Lorsque celui-ci impose une pénalité, il n'est
pas possible d'en appeler devant les tribunaux ni de
voir la décision annulée par le premier ministre.
Troisièmement,
la loi consacre en droit le régime administratif qui est
décrit actuellement dans le Code régissant la conduite
des titulaires de charge publique en ce qui concerne les
conflits d'intérêts et l'après-mandat. La loi recentre
le régime pour qu'il traite véritablement de la gestion
des conflits d'intérêts et qu'il concorde davantage avec
ce qui se fait dans la plupart des provinces.
Le commissaire à
l'éthique serait aussi mandaté de conseiller le premier
ministre sur des questions d'éthique autres que des
conflits d'intérêts.
Quatrièmement,
la loi proposée clarifierait l'obligation qui incombe
aux ministres de s'abstenir de voter sur les questions
liées à leurs intérêts commerciaux. L'article 21 oblige
le titulaire d'une charge publique à se récuser lors des
décisions, des débats ou des votes à l'égard de toute
situation qui pourrait le placer en situation de conflit
d'intérêts.
L'article 30
confère au commissaire de vastes pouvoirs lui permettant
de prendre toutes les mesures qu'il estime nécessaires
pour assurer l'observation de la loi.
Le
paragraphe 6(2) interdit expressément à tout ministre ou
secrétaire parlementaire de participer, en tant que
député, à un débat ou à un vote sur une question à
l'égard de laquelle il pourrait se trouver dans une
situation de conflit d'intérêts. Cette disposition est
un élément essentiel du régime de gestion des conflits
d'intérêts et s'inspire d'une disposition similaire du
Code régissant les conflits d'intérêts des députés.
Nous sommes
heureux que cette disposition ait été rétablie, après
qu'elle eut été supprimée en comité par une motion de
l'opposition. On a ainsi restauré l'intégrité du régime
de gestion des conflit d'intérêts.
Pour remplir le
cinquième de nos engagements touchant le régime
d'éthique, l'article 27 de la nouvelle loi interdit
expressément le recours aux conventions de gestion sans
droit de regard, parfois appelées « pseudofiducies ».
Par conséquent, comme le prévoit cet article, la seule
façon de se dessaisir de biens contrôlés consiste, soit
à les vendre à un tiers avec qui on n'a aucun lien de
dépendance, soit à les déposer dans une véritable
« fiducie sans droit de regard », dont les exigences
sont également précisées dans le projet de loi.
Pour ce qui est
du sixième engagement, la nouvelle loi prévoit une façon
selon laquelle le commissaire peut recevoir des plaintes
de membres du public. Le paragraphe 44(4) précise en
effet que le commissaire peut tenir compte des
renseignements provenant du public, qui lui sont
communiqués par tout parlementaire. De plus, la loi
permet maintenant aux députés et aux sénateurs de
présenter des plaintes contre n'importe lequel des
3 600 titulaires de charge publique, au lieu d'être
limités aux plaintes visant les ministres et les
secrétaires parlementaires, comme c'est le cas selon la
Loi sur le Parlement du Canada dans sa forme actuelle.
En plus de ces changements, l'article 45 de la nouvelle
loi donne au commissaire le pouvoir exprès d'étudier une
question de son propre chef, autre chose que ne prévoit
pas le régime actuel. Mis ensemble, ces changements
améliorent considérablement la capacité du commissaire
d'agir sur la foi de renseignements crédibles pour
s'assurer que les titulaires de charge publique
observent les dispositions relatives aux conflits
d'intérêts énoncés dans la loi.
Enfin, nous
avons réalisé notre septième engagement en matière
d'éthique en élargissant la définition de “titulaire de
charge publique” aux fins de l'application de la loi
pour qu'elle inclut les conseillers ministériels.
Un conseiller
ministériel est une personne qui occupe un poste au
cabinet d'un ministre ou d'un ministre d'État et qui
fournit des conseils en matière de politique, de
programmes et de finances, que ce soit à temps plein ou
à temps partiel, avec ou sans rémunération.
Dans le cadre de
son plan d'action, le gouvernement s'est aussi engagé à
accroître la transparence en ce qui concerne les
nombreuses affectations ministérielles à des organismes
consultatifs, parfois à titre bénévole ou à temps
partiel, de personnes qui ne sont pas titulaires de
charge publique aux fins de la loi.
Je pourrais
m'étendre encore sur les changements considérables et
très importants que nous avons présentés afin de
renforcer le régime relatif aux conflits d'intérêts et à
l'éthique. Ces changements ont produit un régime qui est
à la fois autonome, mieux axé et plus clair, à l'image
de notre gouvernement en quelque sorte.
Je suis honoré
de prendre la parole sur ces points dans le cadre de la
troisième lecture du projet de loi C-2. Même à elles
seules, ces réformes méritent que nous appuyions ce
projet de loi. Néanmoins, je rappelle aux honorables
députés qu'elles font partie d'un ensemble de mesures
beaucoup plus important destiné à rétablir la confiance
dans le gouvernement. Les autres éléments du projet de
loi fédéral sur la responsabilité méritent également
notre appui, et je demande à mes honorables collègues
d'exercer leurs responsabilités et d'appuyer ce projet
de loi qui rendra le gouvernement plus responsable
envers la population canadienne qui les a élus pour la
servir.