Monsieur le
Président, j'ai le plaisir de participer au débat
portant sur la motion déposée par le chef du Bloc
québécois, qui se lit comme suit:
Je n'éprouve
aucune difficulté à reconnaître que les Québécoises et
les Québécois constituent une nation au sein d'un Canada
uni. Là où mon exposé s'éloignera sans doute de ceux des
députés du Bloc québécois, c'est que j'ai la certitude
que cette même nation peut se développer et s'épanouir
au sien d'un pays uni qui s'appelle le Canada.
L'histoire en est la preuve.
Il est
impossible de ne pas être frappé par les transformations
majeures qu'a connues le Québec au cours des dernières
décennies, soit depuis cette période charnière que les
historiens se sont empressés d'appeler la Révolution
tranquille. C'est avec l'équipe du premier ministre Jean
Lesage que le Québec du début des années 1960 s'est
ouvert aux réalités du monde contemporain, comblant en
l'espace de quelques années un retard qu'il accusait
dans bon nombre de secteurs d'activité au regard
d'autres États et gouvernements qui avaient déjà relevé
le pari de la modernité. Le Québec est parvenu à
réaliser, en l'espace de quelques décennies — notamment
en ce qui concerne la mise sur pied d'outils de
développement —, ce que des pays et des nations ont mis
des génération à faire.
Aujourd'hui, le
Québec est doté d'un État moderne qui, aux dires de
l'ex-premier ministre Bernard Landry, ferait l'envie du
monde. En effet, M. Landry écrivait dans le quotidien
La Presse, le 27 octobre dernier:
|
Notre
État-nation même sans la souveraineté complète
est même plus puissant à certains égards que
bien des États-nations formellement souverains
ne le sont en réalité. Notre État dispose déjà
d'importants moyens juridiques et financiers qui
supportent des actions cruciales pour notre
société dans les domaines de la culture, de
l'éducation, de la solidarité sociale, de
l'économie, de l'environnement, de la justice,
du rayonnement international et nombre d'autres. |
J'ai le
sentiment que cette citation sera sans doute utilisée au
cours de ce débat, et ce, pour une excellente raison. En
voulant faire la démonstration du bien-fondé de la thèse
souverainiste, M. Landry a fait la preuve que le Québec
possède les outils nécessaires à son développement et à
son épanouissement tout en évoluant au sein de la
fédération canadienne.
En d'autres
mots, le Québec, une société moderne ouverte aux autres
peuples et fière de les accueillir en son sol, tire
profit des avantages que lui procure son intégration à
la fédération canadienne. Sur le plan individuel, les
Québécois et les Québécoises, tout en formant une
nation, retirent les avantages découlant d'une double
appartenance identitaire.
Cet état de
choses résulte de la souplesse de notre fédération, qui
tient compte du caractère distinct du Québec. Par
exemple l'éducation qui revêt une importance critique
pour le Québec est une sphère de compétence provinciale
exclusive; le Code civil du Québec, qui diffère de la
common law qui prévaut dans les autres provinces, est
protégé par les article 94 et 98 de la Constitution;
l'usage du français, autant que de l'anglais, est
garanti au Parlement ainsi que devant les tribunaux du
Canada. Bien que le Parlement du Canada puisse établir
des pensions de retraite et des prestations
supplémentaires, ce pouvoir est assujetti à la primauté
provinciale, en vertu de laquelle les provinces sont
prédominantes, et qui constitue le fondement
constitutionnel du Régime des rentes du Québec et le
protège.
En outre,
d'autres questions liées au caractère distinct du Québec
sont de compétence exclusivement provinciale, notamment:
les droits civils et la propriété; l'administration de
la justice et les institutions municipales.
La protection
constitutionnelle dont jouit le Québec sur le plan de
son identité s'étend à bien d'autres secteurs, comme en
fait foi notamment celle en matière linguistique,
consacrée par la Loi constitutionnelle de 1982. Retenons
cependant que cette spécificité du Québec se trouve
renforcée par une pratique du fédéralisme qui tient
compte du respect des différents ordres de compétence et
qui met l'accent sur la collaboration
intergouvernementale.
Il s'agit là
d'objectifs que notre gouvernement entend continuer de
poursuivre dans l'avenir.
Le rôle de
premier plan joué par le Québec dans l'édification du
Canada est incontestable et personne ne saurait le nier
de bonne foi, mais il est tout aussi vrai que les
Québécois et les Québécoises, comme l'ensemble des
Canadiens, bénéficient des avantages que leur procure le
Canada. Un niveau et une qualité de vie parmi les plus
élevés au monde et la garantie constitutionnelle du
respect des droits de la personne.
En effet, les
Québécois ont pu démontrer, après 139 années au sein de
la fédération canadienne, que les instruments
législatifs et institutionnels dont ils disposent ont
permis et continueront de permettre l'épanouissement de
leur langue et de leur culture. La Charte des droits et
libertés consolide l'avenir culturel des Québécois en
garantissant les droits linguistiques des francophones
sur le plan fédéral. La Charte garantit également que le
français et l'anglais sont les deux langues officielles
du Canada et que ces langues peuvent être employées au
Parlement, devant les tribunaux et au sein des
organismes fédéraux. De plus, le droit des francophones
à l'instruction dans leur langue sont garantis partout
au Canada au même titre que ceux des anglophones au
Québec.
Les Québécois et
les Québécoises forment une nation, mais il est
nécessaire de préciser que cette nation évolue au sein
d'un pays uni qui s'appelle le Canada. La spécificité du
Québec est reconnue et respectée au sein de la
fédération canadienne et les Québécois peuvent être
eux-mêmes au sein de ce pays qu'ils ont contribué à
bâtir, de génération en génération, côte à côte avec
leurs concitoyens du reste du Canada.
Dans sa lettre
ouverte adressée à notre
premier ministre, le 27 octobre dernier, l'ancien premier ministre
du Québec, Bernard Landry, terminait en disant:
La vérité
et la cohérence sont du côté de l'histoire, et
l'histoire est là pour nous rappeler cette réalité: les
Québécoises et les Québécois forment une nation dans un
pays uni qui s'appelle le Canada.